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Technoprog ! - 16 juin 2011 - Paris

Le transhumanisme, comment y réfléchir librement ? par Jacques HONVAULT

Le 17 janvier, nous pouvions assister à la première conférence de Technoprog !, au cours de laquelle La Sorbonne donnait la parole au courant transhumaniste, non pour cautionner mais pour débattre librement. Nombreuses sont les personnes qui sont venues pour se forger une opinion sur la question. J’ai été personnellement surpris de plusieurs choses : certaines interventions m’ont donné l’envie de crier « au fou, il faut l’abattre », et d’autre part, même si j’ai pu constater ne pas avoir été le seul à être choqué, le débat ne s’est pas enflammé, et les questions ou interventions du point de vue opposé ont été extrêmement tenues, à mon goût du moins. J’ai longuement hésité à revenir d’ailleurs, victime moi-même d’une sorte d’autocensure.

En effet, de quel droit, avec quelle légitimé peut-on attribuer le qualificatif de fou à quelqu’un ou à une idée ? Même les élites bien-pensantes ont bien souvent été trop vite en besogne pour discréditer un scientifique. Dans le domaine mathématique par exemple, Jérôme Cardan a eu l’audace de postuler sur les nombres complexes. Le corps mathématique a eu besoin de près de 300 ans pour finir par accepter que la pensée insolente qu’un nombre au carré pouvait être négatif était une bonne idée. En Physique, Galilée défendant la théorie de Copernic sur l’héliocentrisme a connu de graves problèmes avec le courant de pensée dominant, celui de l’église en l’occurrence. Ces hommes étaient des visionnaires. Ils ont fini décriés et même condamnés à la prison à vie. Pour autant, je ne suggère pas d’attendre des centaines d’années avant de savoir si les transhumanistes sont des fous ou non.

Que m’évoquent les transhumanistes qu’ils soient modérés ou « hardcores » ? Des personnes qui n’acceptent pas les limites du monde qui les entoure, et plus particulièrement celles de leur corps ? Pourtant, bien des philosophes, de l’antiquité à nos jours ont bien insisté sur le besoin d’accepter nos limites pour atteindre le bonheur. « Il n'y a qu'une route vers le bonheur, c'est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté... », Epictète. « Changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde. » Descartes. Pour autant, le refus des limites est au cœur de l’essor de nos civilisations, en tout cas des sciences particulièrement. A quoi ressemblerait notre société sans l’arrogance de vouloir voler ou de ne plus vouloir tomber malade ? Mais l’essor des sciences est-elle réellement l’essor de l’homme ? La curiosité scientifique, et ses effets induits sont-ils toujours de bonnes choses ?

Réfléchissons justement à un exemple de science par analogie à cette problématique. La théorie du chaos s’appuie sur les deux caractéristiques suivantes : une forte récurrence et une sensibilité aux conditions initiales. L’humain étant une machine de reproduction d’une grande fidélité de son matériel génétique, l’aspect récursif de celui-ci semble indiscutable. Qu’en est-il de la démarche transhumaniste quant à l’hypothétique modification de « nos » conditions initiales, à savoir notre mort inéluctable ? Autre exemple, dans l’univers des mathématiques, la fonction inverse, 1/X existe aussi petit soit x. Nous pouvons explorer la limite, x sans cesse plus proche de 0. Mais nous ne pouvons, nous ne devons, jamais l’atteindre car la fonction n’existe pas pour x=0. La question sous-jacente est la suivante : Devons nous prendre le risque de découvrir ce qui accompagne le concept de vie éternelle ? La vie est-elle possible, voire même définissable, sans la mort ? Aubrey de Grey m’a dit face à mon scepticisme : « les humains sauront toujours réagir si nécessaire ». Je ne suis pas aussi optimiste que lui, notre histoire comportant suffisamment de calamités. A chaque guerre, ne jure-t-on pas que c’est la dernière ? On se justifie bien sûr à chaque fois en rappelant que l’erreur est humaine… du moins, tant que l’erreur ne nous a pas été fatale…

Quête de l’immortalité, téléchargement de notre esprit dans la machine vont donc de pair avec des risques potentiels majeurs tel que surpopulation, asservissement de l’homme par l’intelligence artificielle. Faut-il céder à nos peurs et combattre les transhumanistes ? Ou faut-il user de prudence lors de nos jugements envers des chercheurs à l’éthique peu commune ? Je n’ai aucun avis tranché. Mais si je me permets de prendre la parole aujourd’hui, c’est que je dispose heureusement encore de quelques certitudes.

La pensée scientifique et la réflexion philosophique sont de merveilleux outils pour avancer dans l’inconnu. Mais elles ne peuvent que succéder à une étape préalable et fondamentale où l’imagination est l’ingrédient principal : l’énumération du champ des possibles. En effet comment une science peut progresser si on n’a pas imaginé au préalable la bonne hypothèse ? De même, comment une civilisation peut progresser si elle n’a pas imaginé suffisamment de propositions afin d’en retenir les meilleures? Il m’apparaît évident que plus l’imaginaire est débridé, plus on peut espérer trouver des innovations fondamentales.
Mais avons-nous toujours assez d’imagination pour prévoir, pour savoir réellement ? Un exemple parmi tant d’autres, celui des romans d’Isaac Asimov sur l’intelligence artificielle. Le livreLes robots stipule en préambule 3 lois qui à première vue paraissent imparables pour le lecteur. La lecture des différentes nouvelles nous montre à quel point nous avons pu manquer d’imagination pour explorer le champ des possibles, sans doute car nous étions en mode « lecture » et non en mode « créativité ».

Aussi, concernant la question transhumaniste, il me parait important de fouiller le champ des possibles en quête d’hypothèses multiples et originales qui nous aideraient à réfléchir sur cette question. De là vient l’idée d’impliquer des artistes dans ce débat. Les artistes ont pour la plupart cette faculté d’être particulièrement imaginatifs. Bien sur, ils n’en détiennent pas le monopole. Il ne s’agit pas de leur demander de trancher sur la question mais juste de nous aider à nous ouvrir l’esprit à des hypothèses audacieuses. Cet appel à artistes que va lancer le conseil européen de l’art, va pour moi devoir lutter contre plusieurs écueils.
Premièrement, l’art contemporain est très souvent en quête de transgression, ceci afin de chercher la novation. Les idées les plus débridées des transhumanistes ont donc déjà trouvé support chez un bon nombre d’artistes qui adhèrent aux thèses transhumanistes. Nous devrons veiller à ce que les contributions ne soient pas exclusivement l’œuvre de pro-transhumanistes.

Ensuite, devant un débat si capital, car il peut remettre en cause nos sociétés, l’homme et même la notion de vie, il va falloir organiser un concours mondial, tous médiums confondus, toutes tendances confondues, pour minimiser l’impact des grands paradigmes qui forgent nos civilisations, et donc des propositions artistiques. Rappelons-nous comment à certaines époques et en certaines civilisations, il était interdit de penser que la terre n’était pas le centre de l’univers. Dans cette salle et à ce moment précis, il est par exemple de bon goût de porter le mouvement transhumaniste. Veillons à donner la parole à toutes les tendances.
Enfin, le conseil européen de l’art veut faire la promotion de l’élégance. Est-il possible d’afficher uniquement de « belles choses » sachant que cet appel se fait autour d’un débat ?  Car il n’est pas question de faire un acte de promotion, que ce soit pour le transhumanisme ou pour les opposants au transhumanisme. Il s’agit de donner matière à réfléchir autour des questions : « faut-il transformer l’homme ? », et si oui, « comment faut-il le changer ? ». La tâche du comité de sélection ne sera donc pas facile, car il s’agit bien d’organiser une exposition qui se veut être un catalyseur de la liberté de pensée.

Jacques HONVAULT

 

IN THE NAME OF LEONARDO par Ingrid Brunazzi

« Jamais si près d'aller si loin » : en 2002 les Etats-Unis ont programmé la convergence technologique avec le projet NBIC qui, combinant les percées réalisées en nanotechnologies (N) avec les connaissances des biotechnologies(B), de l'informatique (I), et des sciences cognitives (C) avait fait dire au futurologue James Canton « nous serons capables de changer de civilisation ».

Les NBIC, aux dires de ses militants, doivent pulvériser l'efficacité au travail, révolutionner les connaissances sensorielles et cognitives, permettre les interactions silencieuses entre cerveaux, les interfaces entre hommes et machines, jusqu'à la cyber-immortalité à laquelle aspire la World Transhumanist Association, crée par le le philosophe Nick Bostrom. Cela implique la transcendance des limites physiques du corps en faisant passer la conscience humaine dans des machines « évoluantes ». Ce sont les mêmes machines dont parlent les Singularitariens, mouvement né sur la cote Ouest des Etats-Unis, dont l'un des représentants Ray Kurzweil affirme que l'intelligence artificielle verra sa puissance multipliée par un milliard en 2045 et le monde basculera dans la Singularité laquelle a fusionné avec les adeptes de la longévité maximale « life extension community ».

Si toutes ces initiatives sont enthousiasmantes pour l'évolution de l'existence humaine car elles permettent de rêver à ce nouveau Graal, dont parle Aubrey de Grey, l'éternelle jeunesse par le biais de la médecine regénérative, elles suscitent également la nécessité d'obliger les concepteurs des systèmes d'intelligence artificielle à inculquer à leurs créatures des valeurs « humanistes ». Il faut donc profiter des dernières années pendant lesquelles l'homme a le pouvoir sur les machines pour les programmer de telle sorte que la préservation et l'amélioration de la race humaine fassent partie de leurs objectifs. Sinon il faut s'attendre au pire : Steve Rayhawk, mathématicien et bio-informaticien chargé d'encadrer le travail des étudiants du Singularity Institute, imagine même qu'un système d'intelligence artificielle mal programmé pourra percevoir les humains comme une simple matière première "Si une machine est conçue pour que la production d'un objet manufacturé soit sa priorité absolue, elle peut décider que les atomes composant les humains se trouvant à sa portée doivent servir à la fabrication de son produit." Reste à résoudre le problème le plus ardu : les humains doivent découvrir ce dont ils ont vraiment envie. "Si nous inscrivons tous nos désirs dans les machines, prévient M. Rayhawk, il ne faudra pas se tromper de liste.

C'est pour lancer ce nouvel humanisme que nous avons constitué le Conseil Européen de l'Art à Venise en 2006, dont je préside le siège du CEA PARIS afin de conjuguer Art, Science et Technologie à la découverte de « ce dont on a vraiment envie » et relancer la Nouvelle Renaissance avec cette foi dans le progrès et le savoir dont les Lumières furent l'expression.

Ce dont on a vraiment envie c'est avant tout préserver notre liberté de penser et notre créativité pour exprimer la beauté qui n'est autre que le bien comme la définissait Platon. La liberté de penser est ce noyau minimal de l'héritage intellectuel des Lumières : la possibilité de se libérer de la tutelle qui impose à chacun une seule manière de penser et de sentir, soit, à l'époque la religion chrétienne, ce qui met en question la place que la religion tient dans la société. Cette recherche d'autonomie concerne tous les domaines de l'existence. A commencer par la Connaissance, avec un grand C : celle-ci s'émancipe de tout contrôle idéologique, et du coup enregistre un essor spectaculaire. Mais aussi le droit, l'éducation, les arts. Comme l'affirme Tzvetan Todorov, l'autonomie se revendique aussi bien individuelle – chacun doit pouvoir gérer sa vie privée – que comme collective : le peuple souverain pourra formuler les lois qui régiront sa vie et choisir les personnes qui mèneront les affaires du pays. A cause de cette pluralité d'autonomies, les pouvoirs au sein de l'Etat doivent s'empêcher les uns les autres de devenir absolus. La liberté individuelle limite la souveraineté populaire, le contraire étant vrai ; le souci du bien commun restreint l'aspiration à la satisfaction personnelle. En même temps, l'exigence d'autonomie n'est pas absolue. Elle est bornée, d'un coté par la finalité attribuée à l'action publique : servir au bien-être de la population (une finalité purement humaine, donc) et, d'un autre coté, par le principe d'universalité, c'est-à-dire la reconnaissance d'une dignité égale à tous les membres de l'espèce humaine- ce que nous appelons aujourd'hui les droits humains. Equilibre subtil donc !

Les menaces aux lumières sont l'obscurantisme et le réductionnisme qui aujourd'hui coexistent.

A l'époque d'internet, et de la télévision par satellite, on assiste au ressurgir de l'irrationalité. 45% des américains croient que l'homme et la femme ont été crées en 1 jour. La théorie du complot est à la mode. Les légendes urbaines nourrissent l'antisémitisme, l'édition fait son choux gras de romans sur l'occultisme, quant aux fanatismes religieux il compte à son actif des milliers de morts : « quant il n'y a plus de symbolique en référence, on a besoin d'inculpation, au lieu de rationaliser, on retourne au religieux, au magique, c'est-à dire à la sorcellerie, aux buchers, au lynchage » (Régis Debray). Est-il encore temps d'invoquer les mannes de Voltaire ?

Quant aux réductions les exemples ne manquent pas.

Hier, le totalitarisme supprimait la volonté individuelle au nom d'une liberté du peuple omnipotente, accaparée en réalité par un groupuscule de dirigeants ; ils soumettaient aussi la vie économique à des postulats politiques, ce qui entrainait la pénurie permanente. Aujourd'hui, l'ultralibéralisme écarte tout frein aux désirs individuels et renonce à l'idée de bien commun, en soumettant les instances politiques aux exigences économiques, devenues une fin en elles-mêmes. De cette manière, tout en restant fidèle à la lettre de quelques idées des lumières, on trahit leur esprit, car on les arrache au réseau dont elles faisaient parties. Les grands principes des Lumières restent pourtant plus que jamais d'actualité, et le bien commun dont elles sont le porte-parole n'est-il pas tout simplement cet «altruisme» que Jacques Attali souhaite substituer à l'individualisme ? Rien de neuf donc car le fondement du bien commun c'est justement casser les sommes d'égoïsmes dont l'essence se conjugue avec la liberté de chacun avec cet équilibre subtil dont on a parlé Les Lumières ne constituent-elles pas des idées pour demain ?

Mais la liberté de penser c'est aussi être en mesure de déchiffrer les passions humaines pour éviter de se faire dévorer par elle ; à cela servent les humanités en nette dégringolade dans un monde de crise économique où le laboratoire est devenu plus glamour au vu des débouchés qu'offre le marché.. Aux USA les étudiants inscrits en Liberal Arts a chuté de 50% en l'espace d'une génération Or les humanités servent avant tout à se doter d'un riche répertoire d'analogies et surtout se faire ami-ami avec le « Grand-Hirsute », c'est-à-dire de la bête qui est en nous. Et si on en ignore tout, alors on risque de se faire dévorer par lui et de sombrer dans une barbarie qui est déjà ressurgissante.

Pour y remédier il faut redonner aux « NetGen », générations la conscience que la Science et l'Art sont totalement imbriqués et passionnants et peuvent contribuer à construire leur avenir plutôt que de le subir. Pour ce faire le CEA PARIS lance le concours « In the Name of Leonardo » afin de mettre à contribution les Artistes sur l'homme du futur et son avancement par les biotechnologies et diffuser les œuvres sélectionnées auprès des écoles pour sensibiliser les jeunes aux défis des nouveaux enjeux scientifiques de demain.

Liberté donc mais aussi partage, transmission du savoir, comme affirme le paléoanthropologue Yves Coppens qui affirme « faire savoir ce que l'on fait est un devoir ». Susciter la curiosité des jeunes et pourquoi pas des vocations telle est la mission des œuvres artistiques scientifiques et peut-être aller plus loin et anticiper les avancées de la Science. Quant à l'Esthétique, le CEA PARIS entend s'inspirer de cet Esprit français, qui allie légèreté, esprit critique, élégance qui est détachement et ironie par rapport aux propres pulsions et instincts tout en préservant l'harmonie de l'être avec les sens et dont l'architecte Jean-Marie Massaud constitue une expression emblématique. Car l'Esprit, rappelons-le est un des ces mots miroitants qui se joue de la fixité du concept. C'est un autre nom de l'Ame par opposition à la matière. Parfum volatile, extrait d'un lourd composé, l'Esprit est souffle, pensée, essence. L'intelligence sanctionnée par un QI relève de l'Esprit de géométrie qui n'est forcément pourvu de la pénétration de l'Esprit de finesse. Et c'est précisément cette alliance entre Esprit de géométrie et Esprit de finesse qu'exprime le talent de Massaud.

Pour ce qui est modalités concrètes de réalisation du Concours « In the Name of Leonardo » nous renvoyons à celui lancé par le CEA VENISE EN 2010 sur les Nouvelles Energies « Art Power ».

Et pour conclure, liberté, partage mais aussi humilité, la Science et l'Art sont des moyens qui doivent « servir » et non « asservir » les hommes (Leonardo disait » non mi stanco di servire ») et c'est cette humilité que Leonardo mettait en évidence lorsqu'il affirmait que dans le chaos de ses ébauches, l'œil du Maître percevait dans le mouvement de sa main «l'ineffabile mano sinistra», la forme ensevelie, cachée, latente qui s'efforce de se concrétiser en figure. Illustration magistrale du processus connu comme « émergence » dans la théorie de la complexité, qui fait effleurer spontanément des formes d'ordre du chaos et de la confusion. Et cet œil, cette «imagination» est l'une des facultés des hommes qui ne pourra jamais être programmée par aucune machine, aussi sophistiquée soit-elle, car elle exprime le «Mystère» de la vie, insaisissable, «inafferrabile» auquel nous renvoie le sourire de Mona Lisa.

Ingrid BRUNAZZI